POURQUOI OFFRIR UN ALBUM BILINGUE


Nous remercions Margot de lessons.books4kids pour son interview de Julia Boulanger, psychologue et spécialiste du bilinguisme chez l'enfant.

"Les enfants ne peuvent pas apprendre ce à quoi ils ne sont pas exposés ; ils developperont un vocabulaire diversifié s'ils sont exposés à un vocabulaire diversifié ; ils développeront de belles structures de phrases s'ils sont exposés à de belles structures de phrases ; ils développeront peut-être un accent s'ils y sont exposés."

Quel est votre parcours et comment vous est venu l’idée de créer minibilingue ?

Je suis psychologue du développement (Bachelor + Maitrise) et je complète présentement un doctorat me spécialisant dans le bilinguisme chez les enfants. Étant en contact direct avec les plus récentes recherches scientifiques, j’ai constaté le grand écart entre les mythes encore présents dans nos sociétés et les résultats des études scientifiques. J’ai donc décidé que ce serait ma mission : vulgariser les connaissances scientifiques au service des parents de minis multilingues.

Minibilingue est spécialisée dans le bilinguisme chez l’enfant. Pourriez-vous tout d’abord nous définir ce qu’on entend par bilinguisme ?

La définition exacte du bilinguisme (ou multilinguisme) est encore discutée par bien des chercheurs. Et même s’il n’y a pas encore de consensus général, je vous dirais que j’adhère à celle-ci (de François Grosjean, un grand chercheur du sujet) : « le multilinguisme est l’utilisation régulière (et donc la maîtrise) de plusieurs langues ». Elle inclut donc toutes les combinaisons de langues possibles ainsi que la langue des signes, les dialectes, les différents accents, etc.

Quelles sont les avantages du bilinguisme précoce chez l’enfant ?

Le plus grand avantage d’apprendre plusieurs langues à un très jeune âge est principalement la possibilité d’un apprentissage naturel (par exposition aux langues) plutôt qu’un apprentissage scolaire. Est-ce que les enfants sont des éponges ? Donc peuvent apprendre l'anglais sans effort ! La réponse est non ! Une langue ne s'apprend pas par simple absorption ! Par exemple : regarder la télévision en anglais ne permettra pas à votre enfant de s'exprimer couramment dans cette langue.

C'est vrai qu'il est plus facile d'apprendre une langue en tant que bébé ou enfant qu'en tant qu'adulte... mais même chez les enfants il est essentiel de multiplier les contacts avec chaque langue de façon à fournir une exposition répétée et fréquente, en plus d'avoir l'occasion de parler et d'interagir dans cette langue.

Quelle aide concrète apportez-vous aux familles ?

J’utilise les réseaux sociaux pour partager des informations et astuces scientifiques aux parents. Et plus concrètement, je propose des outils et du soutien parental sur mon site internet. Un livre bilingue pour enfant et deux ateliers (Comprendre l’Enfant Bilingue) sont en construction et seront disponibles fin 2022.

Le meilleur prof de langue ? C'est le parent. En tant que parent, tu es dans la position idéale pour contribuer au développement langagier de ton enfant.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux familles monolingues ?

Le bilinguisme est une décision, non pas une obligation ; un enfant bilingue c’est bien, mais un enfant monolingue c’est tout aussi bien. Même si le bilinguisme est un superbe cadeau de vie, ce n’est pas une obligation. Même si tous les enfants ont le potentiel d’être multilingue, l’apprentissage de plusieurs langues ne se fera pas par magie. En d’autres mots, je veux dire que le développement de plusieurs langues demande réflexion et organisation, temps et patience. Si une famille souhaite s’engager dans ce projet, elle doit être prête à s’informer sur le sujet.

C'est quoi la meilleure stratégie langagière ? C'est-à-dire qui parle, dans quelle langue et dans quel contexte. Il n'y a pas une stratégie langagière qui s'applique à toutes les familles ! Chaque famille devrait prendre le temps de bien définir sa stratégie langagière familiale puisque chaque famille est différente ! Il est important de prendre le temps de définir sa propre stratégie langagière familiale car les enfants ont besoin de constance pour acquérir les langues !

Quel est l’intérêt de permettre aux tout-petits d’accéder à une langue étrangère ?

Le bilinguisme apporte de petits bienfaits cognitifs. Mais selon moi, le plus grand intérêt à maitriser une seconde langue c’est l’accès à la culture (film, musique, livre, spectacle, voyage, etc.). Et bien entendu, maitriser plusieurs langues est un avantage considérable, plus tard, sur le marché du travail ; j’aime dire que c’est un cadeau pour la vie. Les bienfaits du bilinguisme ne se limitent pas à l'enfance. Parler plusieurs langues maintient le cerveau en forme, c'est une véritable gymnastique mentale. Parler plusieurs langues retarde la maladie d'Alzheimer et de la sénilité chez les personnes âgées.

Est-ce qu'il est trop tard pour introduire une langue ? Non ! Il n'est jamais trop tard pour introduire une nouvelle langue ! Mais les attentes doivent rester réalistes. Plus on introduit une langue tard dans la vie d'un enfant, plus il faut une grande quantité d'exposition pour que l'enfant maîtrise la langue. Plus on introduit une langue tard dans la vie d'un enfant, plus il est difficile de contrôler l'exposition aux langues. Ex : avec l'école, les amis, les préférences etc.

Quelle est l’importance de la répétition dans l’acquisition du langage chez les enfants ?

Les enfant apprennent avec la répétition. Ils nous observent et nous écoutent pour ensuite nous imiter. En tant que parents, nous sommes donc présents pour répéter nous-mêmes, non pas faire répéter notre enfant. Que ce soit pour imiter un geste, comprendre un mot ou produire une phrase, les enfants doivent être exposés des dizaines de fois à la même chose avant d’être en mesure de la reproduire eux-mêmes.

Un enfant acquiert son vocabulaire avec la répétition. Pour qu'un enfant de 4 ou 5 ans comprenne un mot il faut en moyenne 13 répétitions, pour qu'un enfant dise un mot il faut en moyenne 24 répétitions. Ce qui compte comme une répétition c'est lorsque le mot est utilisé dans son contexte = quand l'enfant peut faire l'association entre le mot et l'objet/action. Répéter c'est utile ! C'est important !

Pourquoi les enfants aiment tant la répétition ? Parce que c'est un moyen de s'exercer, ça amène un sentiment de sécurité. La répétition est aussi un moyen d'exercer leur mémoire, leur capacité d'attention et d'observation. En tant que parent, on tente de respecter l'envie de répétition et si on observe que l'exercice devient facile, on peut ajouter un niveau de difficulté ou une variante/élément.

Peut-on communiquer dans une langue étrangère à son enfant ; si oui à quelles conditions ?

Oui mais 2 points importants sont à considérer : 1) Le parent doit être suffisamment à l’aise dans la langue pour faire de vraies phrases, ne pas chercher ses mots, pouvoir blaguer et être en mesure de créer un lien affectif avec son enfant. Le but reste la communication et celle-ci ne doit pas être entravée par un choix de langue. 2) Si on est la seule personne à parler quotidiennement une langue à son enfant, alors il parlera comme nous : avec les mêmes potentielles erreurs et le même accent. Car les enfants apprennent par imitation, selon les modèles langagiers autour d’eux. C’est pourquoi il peut être utile d’exposer l’enfant a d’autres modèles langagiers - exemples : via les grands-parents, les amis, l'école, les activités extrascolaires, etc.

Les enfants ont-ils une limite aux nombres de langues qu’ils peuvent apprendre simultanément ?

Oui et non. Non car rien n’est impossible. Mais oui car les enfants ont besoin d’être exposé quotidiennement aux langues (c’est-à-dire les entendre et interagir dans celles-ci) pour les apprendre. Et plus on ajoute de langue, moins on a de temps pour apprendre chacune d’elle.

Est-ce que tous les enfants ont la capacité d’acquérir ou d’apprendre une langue étrangère ? (Existe-t ’il des freins ou handicaps ? Troubles dys, autisme…)

Ce n’est jamais possible de dire que TOUS les enfants peuvent maitriser plusieurs langues puisque certains handicaps sévères rendent déjà la maîtrise d’une seule langue difficile. Je ne connais pas assez le sujet pour répondre à cette question. Mais je peux dire qu’il est maintenant connu que le bilinguisme n’est pas la source de difficultés cognitives ; cela signifie que retirer le bilinguisme n’est pratiquement jamais une solution.

Quand un enfant (ou un ado) a un blocage sur une langue étrangère, est-ce judicieux d’insister ?

Je ne crois pas qu’insister soit le bon mot. On peut plutôt mettre en place des stratégies qui permettent à l’enfant (ou à l’ado) de se développer au maximum dans une langue. Quelles stratégies ? J’en évoque plusieurs sur mes plateformes et les ateliers (disponible fin 2022) seront là pour aider les parents. Mais comme dans tout le reste, les enfants ont parfois leur préférence et on doit les accepter.

Quel type d’accompagnement proposez-vous aux familles ?

Présentement, j’offre un accompagnement individuel, en ligne (donc accessible partout dans le monde). Et d’ici la fin de l’année 2022, je proposerai des ateliers permettant aux parents de comprendre le développement de leur mini bilingue et de mettre en place la meilleure stratégie familiale pour soutenir leur mini bilingue.

Merci beaucoup Julia d'avoir répondu à nos questions !

Merci à Margot pour cette interview. C.BOUNAIX

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